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Saisie des fonds par l’AGRASC :
Que faire et comment récupérer vos avoirs ?

Vous vous réveillez et votre compte est bloqué. Vos fonds ont été transférés à un organisme que vous ne connaissiez pas : l’AGRASC. Parfois vous étiez au courant d’une enquête.

Parfois c’est une totale surprise ; vous êtes conjoint, associé, ou votre société est liée à une personne visée. Dans tous les cas, la situation est urgente. Des recours existent, mais certains délais sont de 5 jours seulement. Voici ce que vous devez savoir.

 

Sommaire :

 

I. L’AGRASC et la saisie pénale : comprendre ce qui vient de se passer

1. Qu’est-ce que l’AGRASC et quel est son rôle ?

L’AGRASC (Agence de Gestion et de Recouvrement des Avoirs Saisis et Confisqués) est un organisme public créé en 2011 qui conserve les biens et fonds saisis dans le cadre de procédures pénales, jusqu’à la décision judiciaire définitive. Elle n’est pas à l’origine de la saisie : elle est simplement le gestionnaire. Mais c’est à elle que vous devrez vous adresser pour récupérer vos avoirs.

2. La saisie pénale vs la saisie-attribution civile : deux mécanismes très différents

Il ne faut pas confondre pas les deux. La saisie-attribution civile est pratiquée par un créancier dans un litige privé. Tandis que la saisie pénale est ordonnée par un magistrat dans le cadre d’une enquête criminelle ou correctionnelle. Les règles, les délais de recours et les juridictions compétentes sont entièrement différents entre ces deux procédures distinctes.

3. Quels biens et fonds peuvent être saisis ?

Le périmètre est très large : comptes bancaires (y compris professionnels), crypto-actifs, créances, valeurs mobilières, biens immobiliers, véhicules, bijoux. Il existe cependant un seul critère légal : le bien doit pouvoir être confisqué en cas de condamnation, soit parce qu’il constitue le produit de l’infraction, soit l’instrument ayant participé à commettre l’infraction. 

4. Qui décide de la saisie ? Procureur, JLD, juge d’instruction : selon le stade

  • Enquête préliminaire ou de flagrance : le Procureur de la République autorise la saisie.
  • Information judiciaire : le juge d’instruction ou le juge des libertés et de la détention (JLD).
  • Après renvoi en jugement : la juridiction de jugement elle-même.

Identifier ce stade est essentiel : cela permettra de déterminer le recours à exercer et le délai dans lequel agir.

 

 

II. Les deux grandes situations : mis en cause ou tiers de bonne foi ?

1.Vous êtes mis en examen ou soupçonné : vos fonds saisis à titre conservatoire

La saisie garantit qu’en cas de condamnation, les fonds seront disponibles pour être confisqués ou servir à indemniser les victimes. Elle ne présume en rien de votre culpabilité. Si par la suite vous démontrez que les fonds n’ont pas de lien avec l’infraction ou que le montant est disproportionné, l’autorisation de lever la mesure peut être accordée. 

2. Vous êtes un tiers (conjoint, associé, société) : vos avoirs saisis à cause d’un autre

C’est souvent la situation qui paraît la plus injuste. Vous n’êtes pas directement et individuellement mis en cause, mais vos fonds sont pourtant bloqués. La loi le permet dès lors qu’ils sont soupçonnés d’être liés à l’infraction. Votre bonne foi et l’origine licite de vos avoirs sont vos arguments principaux qu’il faut pouvoir prouver immédiatement.

3. La présomption d’innocence mise à rude épreuve : une saisie n’est pas une condamnation

Il s’agit en effet d’une mesure provisoire, qui est prise sur la base de soupçons. Mais dans les faits, ses effets sont immédiats et très pénalisants. C’est pourquoi des recours existent et pourquoi également il faut les exercer sans attendre.

4. Les conséquences immédiates : blocage de trésorerie, impossibilité de payer salaires ou fournisseurs

Pour une entreprise les conséquences sont les suivantes : impossibilité de régler les salaires, les fournisseurs, les charges. Pour un particulier : loyer, mensualités, dépenses courantes bloqués. Ces conséquences justifient l’urgence.

 

 

III. Les délais à connaître absolument : agir dans les 5 à 10 jours

1.Phase d’enquête préliminaire ou de flagrance : 5 jours (art. 41-5 CPP)

Cinq jours pour contester devant le président de la chambre de l’instruction, à compter de la notification de la saisie. C’est le délai le plus court et le plus souvent manqué. Il court même les week-ends et jours fériés.

2. Phase d’information judiciaire : 10 jours (art. 706-153 et 706-154 CPP)

Dix jours pour faire appel devant la chambre de l’instruction, à compter de la notification de l’ordonnance de saisie. Ce délai suppose d’avoir été notifié ; il faut donc vérifier rapidement si c’est le cas.

3. Le délai de 10 jours du juge pour statuer sur le maintien ou la mainlevée

Une fois la saisie effectuée, le juge dispose de 10 jours pour confirmer ou lever la saisie. Ce délai est souvent dépassé en pratique et cela peut servir d’argument juridique. 

4. Après jugement définitif : 6 mois pour les victimes

Les victimes de l’infraction peuvent demander à être indemnisées sur les fonds confisqués, dans un délai de 6 mois suivant la condamnation définitive. Passé ce délai les fonds seront reversés à l’État, sans recours possible. 

 

 

IV. Les recours concrets pour récupérer vos fonds

1.La requête en restitution : à qui l’adresser selon le stade

Il faut l’adresser au Procureur en phase d’enquête, au juge d’instruction pendant l’information judiciaire, à la juridiction de jugement après renvoi. La requête doit être motivée et documentée, ainsi un simple courrier sans argumentation ne suffit pas.

2. La demande de mainlevée : conditions et arguments recevables

  • Incompétence de l’auteur : le magistrat n’avait pas le pouvoir d’ordonner cette saisie à ce stade.
  • Défaut de motivation : l’ordonnance n’explique pas le lien entre les fonds et l’infraction.
  • Absence de lien avec une confiscation possible : les fonds n’ont aucun rapport avec l’infraction reprochée.
  • Disproportion : le montant saisi dépasse largement ce qui serait confisqué en cas de condamnation.

3. L’appel devant la chambre de l’instruction : procédure et réalité des délais

C’est la voie principale de recours. Mais il faut être réaliste : les délais de traitement atteignent parfois 18 mois à 2 ans à Paris. L’appel reste cependant indispensable pour préserver vos droits, mais il faut anticiper financièrement cette attente.

4. Le piège de l’AGRASC : pourquoi elle ne restitue pas spontanément les fonds même sans ordonnance de maintien

L’AGRASC ne libère jamais les fonds d’elle-même, même s’il n’y a pas d’ordonnance de maintien de la saisie. Il faut une décision judiciaire qui soit expresse ordonnant la restitution, transmise par votre avocat. Sans démarche active, les fonds peuvent rester bloqués indéfiniment.

 

 

V. La stratégie de défense : construire le dossier avec votre avocat

1. Les pièces à rassembler en urgence

  • La décision ou ordonnance de saisie
  • Le procès-verbal de saisie établi par les enquêteurs
  • Les relevés bancaires pour retracer l’origine des fonds
  • Tout justificatif d’origine licite : contrats, factures, bulletins de salaire, actes notariés, déclarations fiscales

2. Démontrer l’origine licite des fonds : importance des preuves documentaires

Les enquêteurs présument que les fonds sont potentiellement frauduleux. C’est à vous de prouver le contraire, source par source. Ainsi, plus la traçabilité est complète et cohérente, plus elle est convaincante devant le juge.

3. Arguer de la disproportion : la saisie ne doit pas dépasser ce qui est nécessaire

La saisie doit être proportionnée à la confiscation éventuelle. Si 200 000 € ont été saisis pour une fraude soupçonnée de 20 000 €, la disproportion est évidente. Une mainlevée partielle est possible sur ce fondement.

4. Les droits des tiers ayant des droits sur le bien saisi : comment les faire valoir

Co-indivisaire, créancier hypothécaire, bailleur : si vos droits sur le bien sont antérieurs à l’infraction, la loi vous protège. Mais ces droits ne s’exercent pas automatiquement ; ils doivent être invoqués dans les formes et délais requis, ce qui suppose là encore d’agir rapidement.

 

 

VI. De la saisie à la restitution ou à la confiscation définitive

1.Si vous êtes acquitté ou la procédure classée : comment obtenir la restitution auprès de l’AGRASC

La restitution n’est pas automatique. Il faut adresser une demande formelle à l’AGRASC avec la décision judiciaire définitive et un RIB. L’agence procède ensuite au virement. Le délai effectif est de plusieurs semaines à trois mois selon la complexité du dossier.

2. Si une condamnation intervient : la confiscation définitive et ses effets

Les fonds confisqués sont définitivement acquis à l’État. Mais la confiscation ne porte pas forcément sur l’intégralité des sommes saisies d’où l’importance de discuter le quantum dès le début de la procédure. 

3. Si vous êtes victime d’une infraction : comment demander à être indemnisé sur les fonds confisqués

Vous pouvez demander réparation sur les fonds confisqués au condamné, dans un délai de 6 mois suivant la décision définitive. C’est une voie qui reste encore méconnue mais qui évite d’engager une longue action civile.

4. Les délais réels de restitution par l’AGRASC (plusieurs semaines à plusieurs mois)

Même avec une décision favorable et un dossier complet, comptez entre plusieurs semaines et trois mois. Il faut anticiper cet impact financier et transmettre un dossier complet dès le premier envoi. En effet, toute pièce manquante allonge le délai de traitement.


Conclusion

Une saisie de fonds par l’AGRASC est une urgence juridique. Les délais sont comptés et les effets financiers immédiats. Mais des recours existent à condition d’agir vite et dans le cadre juridique. Le cabinet Schaeffer Avocats accompagne particuliers, dirigeants et entreprises à chaque étape : analyse d’urgence, requête en mainlevée, constitution du dossier de preuve, suivi jusqu’à la restitution effective.

 

FAQ

L’AGRASC peut-elle saisir des fonds appartenant à une société alors que seul un dirigeant est mis en cause ?

Oui. Si les fonds de la société sont soupçonnés d’être le produit ou l’instrument de l’infraction, ils peuvent être saisis même si la société n’est pas elle-même mise en cause. La société dispose alors de recours propres, distincts de ceux du dirigeant.

Peut-on débloquer une partie des fonds saisis pour continuer à payer les salaires ou les charges ?

Une mainlevée partielle est possible sur le fondement de la disproportion ou de la nécessité de maintenir l’activité. Elle reste soumise à l’appréciation du juge. Dans certains cas, une procédure d’urgence peut permettre de débloquer rapidement les sommes nécessaires.

Que se passe-t-il si le juge ne statue pas sur le maintien de la saisie dans le délai de 10 jours ?

Ce dépassement est un argument juridique pour demander la mainlevée mais il ne vaut pas mainlevée tacite. L’AGRASC ne libère rien sans décision expresse. Votre avocat doit soulever ce point activement devant le juge compétent.

Comment prouver que les fonds saisis ont une origine licite ?

Par des documents : relevés bancaires, contrats, factures, déclarations fiscales, actes notariés. Chaque source de fonds doit être justifiée séparément. Plus la traçabilité est complète et cohérente, plus elle convainc le juge.

Combien de temps faut-il en moyenne pour récupérer ses fonds auprès de l’AGRASC après une décision de restitution ?

Entre plusieurs semaines et trois mois en pratique, selon la charge de l’AGRASC et la complétude du dossier transmis. Envoyez un dossier complet dès le premier courrier pour éviter tout allongement inutile.

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